Maj 27/01/10  

 

  Les Orchidées au Népal

 

Des petites notes parues dans de précédents numéros d’Himal ont montré quelques exemples d’Orchidées népalaises au travers de leur représentation philatélique. Cela pouvait donner déjà une idée, même si elle était très limitée, de la richesse de la flore des Orchidées (en Népalais Sunakhari, Sungava ou Jivanti) de ce pays.qui est riche de plus de 400 espèces, soit plus de trois fois ce qu’en compte la flore française sur un territoire pourtant bien plus réduit. Un certain nombre de ces espèces sont endémiques de l’Himalaya ou même du seul Népal. Cette richesse est donc remarquable par son abondance mais elle l’est aussi et surtout par la diversité des types rencontrés et sa spécialisation à des milieux très variés.

   Adaptations

Beaucoup de ces plantes, à la différence de  nos espèces indigènes qui vivent à terre, sont des épiphytes. C'est-à-dire que comme beaucoup de leurs congénères des pays tropicaux, elles se développent complètement hors-sol, en utilisant un arbre comme support et parfois aussi, accrochées sur des rochers, en lithophytes. On peut dire qu’elles ne vivent que de l’air (et de l’eau) du temps. Elles ne peuvent s’abreuver que du ruissellement de l’eau de pluie le long de leur racines tandis que les éléments minéraux ne proviennent que des poussières transportées par le vent ou de la décomposition de débris végétaux qui s’accumulent dans l’entrelacs de leurs racines accrochées aux aspérités des écorces.

  

Cela implique des adaptations particulières car il faut pouvoir résister à des périodes de sécheresse qui se prolongent pendant plusieurs mois dans une grande partie du pays. La principale est la formation de pseudo bulbes constitués du renflement d’une partie plus ou moins longue de la tige. Très souvent, le pseudo bulbe, feuillé, accumule des réserves la première année. Il perd ses feuilles au cours de la saison sèche et produit une pousse fleurie l’année suivante.

 

 

   Diversité

Grace à ces adaptations les orchidées peuvent ainsi coloniser les écorces des troncs et des branches, milieux où bien peu d’autres plantes sont capables de venir les concurrencer. 
   

Là, elles prennent parfois une extension considérable constituant de véritables petits jardins suspendus où des mousses et de petites fougères viennent s’implanter comme par exemple Coelogyne ochracea fréquente dans les forêts de chênes du Mahabarat 

 

Cymbidium ochraceum

Elles sont surtout abondantes dans les zones les plus humides et les plus chaudes, dans le Teraï, les Churiyas et aussi dans les zones tempérées chaudes comme autour de la vallée de Kathmandou. On y rencontrera de nombreux Bulbophyllum, Coelogyne, Cymbidium, Dendrobium ou Vanda.
Certaines de ces Orchidées à pseudo bulbe se rencontrent encore à des altitudes supérieures à 3000m. Par exemple Pleione humilis, dans les forêts de Rhododendrons, dans la mousse sur les branches ou même au sol, atteint 4200m.

     

   

 

          

 

 

 

 

 

 

  

 

A côté de cela il existe aussi de nombreuses espèces terrestres, certaines voisines de celles de nos régions comme les Dactylorhiza,

Epipactis, Goodiera, Plathantera, Cypripedium, Herminium, Spiranthes mais pas d’Orchis ni d’Ophrys si abondants chez nous.

 

   Conservation

Comme partout ailleurs dans le monde, la flore du Népal est soumise à la pression humaine et régresse sous l’effet de cette pression. Pour les Orchidées des facteurs spécifiques à ces plantes viennent s’ajouter aux effets généraux dus à l’extension de l’occupation des sols et aux défrichements. Il faut déjà remarquer que la déforestation est catastrophique pour les plantes épiphytes, orchidées en particulier, en faisant disparaître les arbres, support indispensable à leur survie, on fait disparaître inexorablement ces plantes.

De plus les orchidées sont victimes de l’engouement que leur portent les amateurs et bien que cela soit interdit par des conventions internationales, elles sont la récoltées en nature pour être vendues. Et cela malgré le fait que le Népal ait adhéré au CITES (Convention on International Treaty of Endangered Species of flora and fauna) depuis 1975. Ce commerce, illégal, et dangereux pour les espèces peu répandues.

         

Certaines espèces sont aussi recherchées pour leurs propriétés médicinales, telle Pholidotea articulata qui rentre dans des préparations populaires tonifiantes comme le « chawanprash ».

Il est difficile de mesurer l’importance de l’exploitation mais elle semble particulièrement élevée pour la zone des collines des Churiya (Rapport de Wildlife Conservation Nepal, 2003). La collecte y serait organisée sur une grande échelle, des courtiers rémunérant (fort peu) les paysans qui leur apportent un matériel dont ils ignorent la valeur marchande. Selon le rapport cité les quantités passant par un intermédiaire installé sur la grande route Est-Ouest seraient de 30 à 50 quintaux par jour entre décembre et avril (période de floraison). On arriverait à un total annuel des récoltes de l’ordre de 500 tonnes ! L’essentiel est exporté par camions vers l’Inde en toute impunité et là, les plantes munies de faux certificats d’origine, sont réexpédiées comme plantes de culture.

Un autre rapport concernant le district de Ralpa (Ouest Rapti) mentionne pour 2008 la sortie de 2353 kg d’Orchidées pour une valeur de 7459 Roupies soit environ 3Rp/kg donc  au moins 4 ou 5 plantes qui, après une courte période de mise en culture, arriveront en Europe à 10Euros pièce. Les petits postes douaniers ne seraient pas informés du problème et se contentent de faire payer de légers droits en toute bonne conscience. Quant aux forestiers suffisamment préoccupés par les défrichements illégaux, ils ont eu longtemps tendance à négliger tout ce qui n’est pas production de bois.

La surexploitation ne se limite pas aux espèces épiphytes et dans l’Ouest, une  orchidée terrestre Dactylorhiza hatagirea fait l’objet d’un commerce très actif. Son nom népalais, Panch aunle, Cinq doigts, évoque la forme de ses tubercules digités. Cette plante voisine de certaines de nos indigènes comme l’Orchis tacheté, est endémique ouest himalayenne. Ont lui prête des propriétés revigorantes (sous entendu aphrodisiaques) et de plus elle est utilisée au Cachemire comme fixateur dans la teinture de la soie.

Une solution possible réside dans des projets de développement agricoles intégrés, en impliquant la population dans la prise en compte de la protection des orchidées (et éventuellement d’autres plantes spontanées d’intérêt commercial). Cela pourrait être à la source d’une activité de production de plantes par multiplication en culture et de leur commercialisation pour l’exportation, source de revenus potentiellement importants. Un petit laboratoire de Katmandou, Nepal Biotech Nursery pratique la multiplication de diverses plantes et en particulier d’orchidées par culture de tissus et  il existe déjà à Godavari une ferme à Orchidées Rai's Orchid  où celles-ci sont élevées après propagation par division de pseudo bulbes et surtout par culture de tissus.

Les effets positifs du développement de telles activités sur la conservation d’un si précieux patrimoine végétal seraient certains.

                                                                                                        Guy Durrieu

   Pour en savoir plus

   R. de Milleville & T. B. Shresta : Nepal Orchids in Picture, Kathmandu, 2004.

   K. White & B. Sharma : Wild Orchids of Nepal. The guide to Himalayan Orchids of the Tribhuvan Rajpath and Chitwan jungle. Bankok, 2000

   M.L. Banerji & Prabha Pradhan : The Orchids of Nepal Himalaya. Cramer books, 1984


Association Culturelle Franco-Népalaise – section de Toulouse

http://himal31.com                asso@himal31.com

 

Les orchidées