Maj 27/01/10  

   Editorial

 

   Les promesses de l'incertitude,

       les dieux sont en prison

 

E

n voulant à toute force accoucher de la Démocratie… le Népal n’en finit pas de se moderniser…

Au Népal aujourd'hui, il y a internet, les embouteillages et des grèves, une situation politique et sociale chaotique….Au Népal aujourd’hui, il y a les derniers gadgets d’un monde dit moderne, qui essayent de cohabiter avec les vicissitudes d’une misère enracinée. Si pendant quelques années le pays a oscillé entre une culture ancestrale et l’appât irrésistible du gain, la balance a finalement penché vers le culte financier. La partie dominante de la société a écouté le chant des sirènes économiques et a choisi la voie d’un profit rapide à peu près à n’importe quel prix. Des fortunes se construisent en quelques coups de dès, faisant fi d’un équilibre économique précaire.

On a mis les dieux en prison …ou du moins en isolement…on a enchaîné les dieux mais pas les vieux démons.
Certes on invoquera un développement économique nécessaire, la mondialisation financière, tout en déplorant les caractères quasi inévitables de ses limites. Mais un peu comme un conducteur qui prendrait une voiture sans freins, on embarque quand même et comme les dieux sont en prison ...il n’y aura pas de miracles à la fin d’une descente infernale…d’autant que les vieux démons sont bien en liberté…
Quand, en plus, on prend des raccourcis avec l’éducation, quand on choisit les règles qui avantagent ceux qui les édictent…alors on clone les germes de son propre désastre.

Quand on ne veut pas hiérarchiser l’urgence des priorités, on en arrive à des aberrations, à des non-sens économiques.
Alors que l'on prétend promouvoir le développement du pays on le précipite davantage dans le marasme.
Par exemple, on a ouvert, certainement à grand renfort de milliards de dollars, une route pour faire "le Tour des Annapurnas". Admettons que ce soit une cogitation de visionnaires... on peut quand même se demander à qui cela va profiter. On peut aussi penser qu'il y avait peut être plus urgent à faire alors que la seule route qui relie la capitale Katmandu à l’Inde et au reste du Monde se tortille toujours aussi minablement sans aucune amélioration depuis son ouverture il y a près de 50 ans.

   Stratégie voulue ou stratégie de l'inconscience pouvant mettre le pays à genoux en quelques jours seulement ? Quand on urbanise massivement la capitale, à raison de 6 heures de coupure d'énergie par jour, quels investisseurs pense-t-on attirer ?...Tout au plus les bas de laine constitués laborieusement dans les hautes vallées, souvent par des générations qui maintenant fuient leur terre nourricière pour jouer aux apprentis sorciers de la spéculation. Peut être pour voir fondre leur pécule.
Quand la principale richesse du pays est le tourisme, que l’on complique à souhait par une réglementation inutile, il ne faut alors pas s’étonner de la stagnation du nombre de touristes dont on limite et le terrain et les possibilités d’actions par des règlements à géométrie variable couramment réglée par des tarifications occultes.

Il semble que l’on ait choisi le développement d’une intelligentsia limitée au détriment de la masse.
Pari inconscient ? Risqué ? Suicidaire ? Préfère-t’on l’anarchie à la rigueur ? Ce qui est certain c’est que le pays n’en finit pas de s’enfoncer dans la pauvreté.
Cela peut échapper à nos yeux d’occidentaux privilégiés, munis de lunettes noires et de gros souliers, partis joyeux vers des destinations « paradisiaques ».
Il suffit pourtant de savoir qu’un euro valait à peine 80 roupies, il y a moins de 5 ans et que maintenant la barre de 110 roupies pour un euro est franchie. Inutile dès lors d’être un brillant économiste pour comprendre comment ce pays fait encore plus les beaux jours de certains et tisse la camisole des autres.

Ces quelques réflexions émanent peut-être d'un vieux trekkeur nostalgique. Même si c'était vrai, à notre modeste échelle, ayant chaussé nos gros souliers, enfilé notre équipement dernier cri, il faut raisonner autrement et faire attention à ceux qui marchent encore pied nus et se serrent pour dormir.

Il est possible que les meilleures promesses pour l'avenir du Népal soient encore celles de l’incertitude.

                                               Jean-Pierre Girolami  

              

             

                                                                    Haut de page  


Association Culturelle Franco-Népalaise – section de Toulouse

http://himal31.com                asso@himal31.com

 

Edito 09